Steve Wembi démasqué : autopsie d’une manipulation sur Point Zéro
Manipulation informationnelle : autopsie d’un récit fabriqué
Dans les conflits contemporains, l’arme la plus redoutable n’est pas toujours celle qui tire. C’est celle qui publie. Tweets, “alertes exclusives”, confirmations en cascade : la bataille du terrain est doublée d’une bataille du récit. Et ce qui s’est produit autour du supposé contrôle de Point Zéro en est une démonstration méthodique.
1. L’annonce prématurée
Avant midi, Steve Wembi annonce la reprise de l’agglomération stratégique de Point Zéro.
Aucune preuve visuelle.
Aucun communiqué militaire officiel.
Aucune source indépendante identifiable.
Dans une zone aussi volatile que les hauts plateaux de Fizi–Mwenga–Uvira, une telle annonce n’est pas anodine. Elle façonne les perceptions, alimente la tension et installe un narratif avant même que les faits ne soient établis.
Ce n’est pas informer. C’est occuper l’espace.
2. Le démenti ignoré
Quelques instants plus tard, le porte-parole des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) dans le Sud dément formellement l’information.
Dans une pratique journalistique rigoureuse, ce démenti aurait dû entraîner :
Suspension de l’affirmation initiale
Vérification renforcée
Rectification prudente
Il n’en sera rien.
3. La validation coordonnée
À peine le doute installé, la “confirmation” arrive :
Rodriguez Katsuva, présenté comme vérificateur de fake news, confirme avec précision la prise par le groupe armé Twirwaneho.
Puis Benjamin Mabunga en détaille l’importance stratégique.
Le schéma est limpide :
Une source annonce.
Une deuxième valide.
Une troisième analyse.
Effet recherché : créer une illusion de pluralité et de crédibilité.
En réalité, il s’agit d’un renforcement circulaire d’un même récit.
Ce n’est pas de la vérification croisée.
C’est de l’amplification coordonnée.
4. Le rétropédalage révélateur
L’après-midi, changement de version.
On ne parle plus de “reprise stratégique confirmée”, mais d’un “repoussement” du Twirwaneho vers Mikenge après combat.
Or, selon plusieurs sources locales concordantes, aucun affrontement n’a été signalé dans le Haut-Plateau ce jour-là.
Quand un récit évolue en quelques heures sans preuves, sans images, sans reconnaissance d’erreur, nous ne sommes plus dans l’approximation. Nous sommes dans l’ajustement opportuniste.
Une mécanique connue
Ce type de narration répond à une logique précise :
Annoncer des gains territoriaux pour modeler la perception.
Installer l’idée d’une supériorité stratégique.
Fragiliser la confiance envers les institutions nationales.
Maintenir un climat de confusion permanent.
La guerre dans l’Est ne se limite pas aux collines.
Elle se joue aussi sur X, Facebook et YouTube.
Journalisme ou activisme ?
Le journalisme repose sur la preuve.
L’activisme repose sur l’intention.
La propagande repose sur la répétition.
Lorsque des versions contradictoires se succèdent sans transparence sur les sources, sans reconnaissance d’erreur, sans éléments tangibles, la crédibilité s’érode.
La question n’est plus seulement :
Qui contrôle Point Zéro ?
La question devient :
Qui tente de contrôler la perception nationale ?
Dans cette séquence, la rapidité a précédé la vérité.
Mais le temps reste le juge le plus sévère.
Les récits peuvent être construits.
Les faits, eux, finissent toujours par résister.
Et dans une guerre informationnelle, la cohérence vaut plus que la précipitation.
Christian lawu, journaliste engagé


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