GÉNOCIDE OUBLIÉ?

GÉNOCIDE OUBLIÉ?

De Garretón (ONU, 1998) au Rapport Mapping : la responsabilité de Paul Kagame face aux crimes contre les réfugiés hutu

Robert Garretón l’avait documenté dès 1998 : le génocide oublié des réfugiés hutu confirmé par le Rapport Mapping

En 1996–1997, au cœur des forêts congolaises, loin des caméras et du tumulte médiatique, un crime de masse s’est déroulé méthodiquement. Des réfugiés hutu, désarmés, femmes, enfants et vieillards compris, ont été traqués, exécutés et effacés de la carte. Ce massacre n’est ni une rumeur ni une reconstruction militante : il est documenté par les Nations unies. Dès 1998, le Rapporteur spécial Roberto Garretón sonnait l’alarme. En 2010, le Rapport Mapping confirmait l’ampleur et la gravité des faits, allant jusqu’à évoquer des crimes susceptibles de qualification de génocide. La question n’est donc plus si ces crimes ont eu lieu, mais qui en porte la responsabilité.
Au sommet de la chaîne de commandement se trouvait Paul Kagame, alors vice-président et ministre de la Défense du Rwanda, chef effectif de l’Armée patriotique rwandaise. Les rapports onusiens établissent la présence active de forces rwandaises aux côtés de l’AFDL dans la traque des réfugiés hutu à travers le Congo, jusqu’en Province de l’Équateur. Ces opérations n’avaient rien de spontané : elles relevaient d’une stratégie militaire coordonnée, impossible à conduire sans l’aval du commandement suprême. En droit international, cela s’appelle la responsabilité de commandement. En politique, cela s’appelle un choix.
Sur le terrain congolais, ce projet fut exécuté par un intermédiaire local, un homme providentiel devenu paravent : Laurent-Désiré Kabila. Chef politique de l’AFDL, il a servi de proxy, offrant une façade congolaise à une guerre dont l’architecture stratégique était largement externe. Kabila commandait, Kagame contrôlait. L’un ouvrait la route, l’autre fixait l’objectif. Ensemble, ils ont dirigé une campagne dont les victimes furent des réfugiés sans défense — et dont la communauté internationale, malgré ses propres rapports, continue de détourner le regard.
Pendant près de trente ans, une vérité dérangeante a été reléguée aux marges de la mémoire internationale. Elle ne vient ni d’un pamphlet militant ni d’une rumeur politique. Elle est consignée dans des rapports officiels des Nations unies. En 1998, le Rapporteur spécial Roberto Garretón documente des crimes de masse commis contre des réfugiés hutu, majoritairement civils, en République démocratique du Congo, notamment dans la Province de l’Équateur. Douze ans plus tard, le Rapport Mapping de l’ONU confirme et approfondit ces constats. La conclusion est lourde : des faits susceptibles de qualification de génocide ont été commis entre 1996 et 1998.

La mécanique des crimes : pas des bavures, une méthode

Les rapports décrivent une stratégie récurrente : dispersion forcée des camps, traque dans la forêt équatoriale, exécutions sommaires, fosses communes, entrave délibérée à l’aide humanitaire. L’ampleur géographique, la répétition et la similitude des méthodes excluent l’hypothèse d’actes isolés. Il s’agit d’opérations coordonnées.

La chaîne de commandement au cœur de la responsabilité

À cette période, l’Armée patriotique rwandaise (APR) opère aux côtés de l’AFDL sur le sol congolais. En 1996–1997, Paul Kagame est vice-président du Rwanda et ministre de la Défense, chef effectif de l’APR. Le droit international est sans ambiguïté : la responsabilité de commandement s’applique lorsque le supérieur savait ou devait savoir que des crimes étaient commis et n’a pas pris de mesures raisonnables pour les empêcher ou les sanctionner. Les rapports onusiens établissent la présence et l’implication de forces rwandaises dans des crimes contre des civils hutu. À ce niveau, le silence et l’inaction deviennent des faits politiques.

Garretón (1998) : l’alerte étouffée

Dès 1998, Garretón qualifie les faits de crimes contre l’humanité et évoque explicitement la possibilité d’un génocide si l’intention d’exterminer un groupe est juridiquement établie. Il souligne l’opacité, les entraves aux enquêtes et l’impossibilité d’accéder à certains sites. Le message est clair : ce qui s’est passé en Équateur n’est pas un dommage collatéral, mais une violence ciblée contre des réfugiés hutu désarmés.

Mapping (2010) : la confirmation qui dérange

Le Rapport Mapping consolide des centaines d’incidents, recoupe témoignages, lieux, dates et modes opératoires. Il va plus loin en affirmant que certains faits pourraient être qualifiés de génocide. Ce n’est pas un verdict pénal ; c’est une interpellation morale et juridique adressée à la communauté internationale — et un acte d’accusation contre l’inaction.

Pourquoi ce déni persistant ?

Parce que reconnaître ce génocide oublié fissure une narration commode. Parce que cela engage la responsabilité hiérarchique de dirigeants encore puissants. Parce que la justice internationale, lorsqu’elle s’arrête aux alliances, trahit sa vocation universelle.

L’alerte aujourd’hui

Ne pas nommer, c’est prolonger. Ne pas enquêter, c’est couvrir. Les preuves existent, produites par l’ONU elle-même. Il est temps de :
ouvrir des enquêtes judiciaires indépendantes ;
protéger les témoins et garantir l’accès sans entrave aux sites ;
mettre fin au déni diplomatique.
Ce n’est pas une querelle de mémoires concurrentes. C’est une exigence de vérité et de justice. Les rapports sont là. Les faits aussi. L’histoire jugera.

Christian lawu, journaliste engagé

0 Commentaires

Soyez le premier à réagir !

Laisser un commentaire