Muyaya contre Muteba, la guerre!

Muyaya contre Muteba, la guerre!

L’Eglise catholique a une lecture biaisée des accords miniers RDC et USA...

Patrick Muyaya et Mgr Fulgence Muteba, la guerre !

L’homélie de Mgr Muteba, le 25 décembre, à Lubumbashi, n’a pas été bien digérée dans la mesure où, elle a pris une tournure politique en critiquant les accords miniers. Ce qui a poussé le ministre de la Communication et Médias, Patrick Muyaya Katembwe, à dénoncer dans des termes durs, une « manipulation ». Du coup, cela illustre une tension entre le rôle spirituel de l’Église et son influence sociale.  

En effet, l’homélie de Noël à Lubumbashi, le 25 décembre 2025, a été l’occasion rêvée par Mgr Fulgence Muteba pour livrer une lecture critique des accords stratégiques conclus à Washington par les gouvernements américain et RD-congolais autour des ressources naturelles de la RDC, en évoquant un supposé « accord de 99 ans » qui braderait la souveraineté nationale.  

La réaction du gouvernement a été immédiate parce que, le 26 décembre 2025, Patrick Muyaya, porte-parole du gouvernement, a rejeté ces affirmations en les qualifiant de « factuellement fausses » et de manipulation. Muyaya a insisté qu’« il n’existe ni accord de 99 ans, ni bradage des ressources, ni cession de souveraineté ».  Bref, Monseigneur s’est trompé, ou il a trompé ses brebis.

Le dossier prend des dimensions inquiétantes des lors que l’Église catholique, en RDC, est historiquement une voix morale et critique face au pouvoir. Ses homélies dépassent souvent le cadre religieux pour interpeller sur la gouvernance, la justice sociale et la souveraineté.

Dans un État laïc tel la RDC, constatent des milieux diplomatiques, l’Église n’a pas de mandat politique, mais elle conserve une légitimité sociale et morale. Ses prises de position deviennent problématiques si elles reposent sur des informations jugées fausses ou si elles s’apparentent à une ingérence directe dans les affaires de l’État.  

En considérant la tradition congolaise, l’Église catholique a souvent joué un rôle de contre-pouvoir, notamment lors des périodes de crise politique (transition démocratique, élections) en étant perçue comme un gardien de la conscience nationale.  

Mais si les homélies deviennent des tribunes politiques, le gouvernement peut les considérer comme une menace à l’ordre institutionnel pour limiter les dégâts avant qu’il ne soit trop tard. La crainte s’invite dans ce débat si l’État tente de museler l’Église. Les activistes des droits de l’homme vont hausser le ton et voir cela comme une atteinte à la liberté d’expression et de culte. L’on sait l’on comment les choses se passent dans ce genre d’occasions. 

Pourquoi l’Eglise ne joue pas le gendarme partout ?

À cette question pourtant lancinante, un clergé a éclairé notre lanterne en laissant entendre que l’Église catholique n’a pas un rôle uniforme en Afrique centrale. Au Rwanda, elle est surtout engagée dans la réconciliation post‑génocide, un travail de réconciliation et résilience après le génocide de 1994. Le traumatisme du génocide a redéfini la mission de l’église pour reconstruire le tissu social et restaurer la confiance.  Et l’État (Paul Kagame) impose une régulation stricte des églises, avec fermeture de milliers de lieux de culte.

En Ouganda l’Eglise catholique agit comme gardienne morale face aux dérives sociales et politiques, se faisant une voix morale dénonçant la corruption, les violations des droits humains et le déclin des valeurs dans un pays marqué par des tensions politiques et sociales persistantes. L’Église y critique, mais reste dans un registre pastoral, sans confrontation directe avec le pouvoir.

Tandis qu’au Congo‑Brazzaville, l’Eglise reste davantage un arbitre ou un acteur ponctuel dans l’arène politique. Ces différences tiennent à l’histoire nationale, aux rapports de force avec l’État et à la mémoire collective propre à chaque pays. Elle est l’arbitre ou acteur ponctuel dans les dynamiques politiques et intervient lors de crises ou processus électoraux, mais sans rôle permanent. Elle oscille entre médiation et contestation, selon les régimes et les périodes.

Enjeux et paradoxes

Sur le plan de la laïcité et de l’influence sociale, même dans des États laïcs, l’Église conserve une légitimité morale qui lui permet d’intervenir. Mais quand elle dépasse son rôle spirituel, elle peut être accusée de manipulation ou d’ingérence. Dans chaque pays, l’Église incarne une part de la mémoire nationale, ce qui explique son rôle différencié.

Comme on peut le voir, l’Église catholique adapte son rôle selon les traumatismes historiques, les rapports de force avec l’État et les attentes sociales. Elle peut être médiatrice (Congo‑Brazzaville), gardienne morale (Ouganda) ou architecte de réconciliation (Rwanda). Chaque pays illustre une manière différente dont l’Église se situe entre mémoire, morale et politique. Et le chapitre reste ouvert pour trouver dans des termes valables, le rôle que joue l’Eglise catholique en RDC face au pouvoir.

L.B 

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